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Eau potable dans le Pays de Dreux : l'urgence face aux fuites et aux pesticides

  • Photo du rédacteur: Emmanuel Senecharles
    Emmanuel Senecharles
  • il y a 19 minutes
  • 4 min de lecture

Un rapport de la Chambre régionale des comptes publié ce 1er juiller met en lumière les défis structurels, financiers et qualitatifs auxquels fait face la communauté d’agglomération du Pays de Dreux pour la gestion de son réseau d’eau potable.


L'eau potable dans le Pays de Dreux fait face à un double défi : endiguer les fuites de canalisations et lutter contre la pollution aux nitrates et aux pesticides
L'eau potable dans le Pays de Dreux fait face à un double défi : endiguer les fuites de canalisations et lutter contre la pollution aux nitrates et aux pesticides / Illustration Istock


Eau potable dans le Pays de Dreux : l'urgence face aux fuites et aux pesticides


La Chambre régionale des comptes Centre-Val de Loire a publié son rapport d'observations définitives sur la gestion de l'eau potable au sein de la communauté d’agglomération du Pays de Dreux pour la période allant de 2020 à 2025. Si la collectivité dispose d'une situation financière stable, les magistrats financiers pointent du doigt une organisation complexe, un retard réglementaire et l'urgence d'investissements massifs pour garantir la qualité de l'eau.


Une compétence morcelée sur le territoire

Bien que la loi NOTRe ait attribué de manière obligatoire les compétences « eau » et « assainissement » aux intercommunalités, la prise de compétence du Pays de Dreux reste à ce jour très parcellaire. L’agglomération, qui compte 81 communes pour 116 484 habitants, n’exerce sa compétence directe que sur 29 d’entre elles (soit environ 30 % des communes, représentant 60 % de la population totale).


Pour les 52 autres communes, la production et la distribution de l'eau sont partagées avec huit syndicats mixtes. La Chambre régionale des comptes souligne la complexité de cette organisation :

« Cet éclatement des responsabilités rend la gestion plus complexe. La non-production de certains documents réglementaires à ce jour, combinée à la lenteur de la prise de compétence [...] entraîne l'absence d'investissements importants. Cette situation constitue un facteur de risque pour le réseau d'eau potable. »


De fait, la collectivité n'a pas encore adopté de schéma de distribution d'eau potable ni réalisé le diagnostic territorial d'accès à l'eau qui était pourtant réglementairement obligatoire au 1er janvier 2025. Les études de schémas directeurs, confiées à un cabinet privé pour un montant d’environ 900 000 € (subventionné à 80 % par l’agence de l’eau Seine-Normandie), devaient être finalisées début 2026.


Une qualité de l’eau dégradée par les nitrates et les pesticides

Le réseau hydrographique du Pays de Dreux, qui dépend du bassin-versant de l’Eure et s’appuie presque exclusivement sur la nappe de la craie, fait face à des enjeux sanitaires majeurs. Selon le rapport, les eaux brutes captées présentent une « qualité insuffisante, en raison de la présence de nitrates et de pesticides »d’origine agricole.


Face à ces pollutions, des mesures de mélange des eaux de différents captages doivent être rigoureusement maîtrisées pour délivrer une eau conforme. À titre d’exemple, le captage de Dampierre-sur-Avre a dû être abandonné dès 2016 en raison de teneurs excessives en nitrates, obligeant l’agglomération à acheter la totalité de son eau à un syndicat voisin pour ce secteur.


En réponse, la collectivité mène des actions de protection sur quatre bassins d’alimentation de captage prioritaires et expérimente des Paiements pour services environnementaux (PSE) pour indemniser les agriculteurs qui modifient leurs pratiques. La Chambre prévient toutefois :

« Compte-tenu des problèmes de qualité persistants, des travaux de plus grande ampleur (construction d’une nouvelle usine de production sur le secteur sud, poursuite des travaux d’interconnexion…) sont à envisager. »


Concernant les polluants émergents, des analyses étendues aux composés perfluorés (PFAS) ont été lancées en 2025. Les résultats affichent pour l'heure une présence très faible (de moins de 1 ng/l à 6,1 ng/l), restant bien en deçà du seuil réglementaire européen fixé à 100 ng/l.


L'urgence d'un plan d'investissement et d'une stratégie tarifaire

Sur le plan financier, le budget annexe « eau » de la communauté d’agglomération souffre d'un manque de visibilité. Bien que les dépenses d’équipement aient augmenté récemment, elles restent jugées « très mesurées au regard de l’importance du réseau » (720 000 € en 2024 pour les réseaux d'adduction). Le Pays de Dreux ne dispose toujours pas d’un Plan pluriannuel d’investissement (PPI).


Cette absence de programmation empêche l’intercommunalité de chiffrer précisément les besoins futurs et de planifier la performance de ses réseaux, notamment pour lutter contre les fuites. L’indice linéaire des pertes varie d'ailleurs fortement selon les communes, grimpant par exemple à 5,8 m³/jour/km à Dreux.


Cette situation impacte directement le portefeuille des usagers. L'agglomération a entamé une convergence des tarifs pour lisser les forts écarts hérités des anciennes organisations. Les prix pour une consommation de référence (120 m³) restent très hétérogènes sur le territoire, s'élevant en 2024 à 362,81 € à Châteauneuf-en-Thymerais contre 471,60 € à Sainte-Gemme-Moronval. Pour les communes en régie directe, les hausses sur la période 2020-2024 ont parfois dépassé les 30 %. La Chambre observe :

« En l’absence de programme pluriannuel d’investissement, ces hausses visent à équilibrer le budget annexe et à financer les travaux les plus urgents. »


Les quatre recommandations de la Chambre

Pour remédier à ces manquements, la Chambre régionale des comptes a formulé quatre recommandations impératives à mettre en œuvre avant la fin de l'année 2026 :

  1. Adopter un schéma de distribution d’eau potable officiel.

  2. Établir le diagnostic territorial d’accès à l’eau pour garantir le droit à l'eau de chaque citoyen.

  3. Bâtir un programme pluriannuel d’investissement (PPI) opposable dès le budget 2027.

  4. Engager une analyse fine du coût de revient du service afin de définir une trajectoire tarifaire transparente et pérenne.


La Chambre régionale des comptes a annoncé qu'elle contrôlerait la mise en œuvre de ces recommandations dans un délai d'un an, comme la loi l'y oblige.

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