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Dreux : Le rapport au vitriol de la Chambre régionale des comptes sur la gestion Billet

  • Photo du rédacteur: Emmanuel Senecharles
    Emmanuel Senecharles
  • il y a 4 heures
  • 5 min de lecture

La Chambre régionale des comptes (CRC) Centre-Val de Loire vient de publier son rapport d’observations définitives sur la gestion de la commune de Dreux. Si les magistrats financiers saluent le net redressement budgétaire opéré par l'ancienne municipalité à partir de 2022, ils lèvent le voile sur un début de mandat chaotique, marqué par une dérive des dépenses de personnel et de graves irrégularités dans la commande publique.


Le rapport d'observations définitives de la Chambre régionale des comptes (CRC) Centre-Val de Loire pointe de graves dysfonctionnements au début du mandat précédent à Dreux, tout en saluant le redressement opéré à partir de la fin d'année 2022.
Le rapport d'observations définitives de la Chambre régionale des comptes (CRC) Centre-Val de Loire pointe de graves dysfonctionnements au début du mandat précédent à Dreux, tout en saluant le redressement opéré à partir de la fin d'année 2022. / Photo Facebook Pierre Frédéric Billet


Dreux : Le rapport au vitriol de la Chambre régionale des comptes sur la gestion Billet


C’est un document de près de 80 pages qui vient faire la lumière sur les coulisses de la mairie de Dreux sous le mandat de l'ancien maire, Pierre-Frédéric Billet. Passée au crible par les magistrats de la Chambre régionale des comptes (CRC), la gestion de la commune offre un double visage : celui d'une trajectoire financière qui a frôlé la correctionnelle en début de période, avant qu'un virage à 180 degrés et une reprise en main drastique ne soient engagés par l'exécutif sortant en fin de mandat. Un héritage réformé mais lourd, que récupère le tout nouveau maire, Abdel-Kader Guerza, élu en mars 2026.


2020-2022 : La dérive des effectifs et l'ingérence du cabinet

L'arrivée de l'équipe de Pierre-Frédéric Billet en 2020 s'est immédiatement traduite par un choc financier. En l'espace d'une seule année, les effectifs de la commune ont bondi de manière spectaculaire. Une hausse massive que la CRC fustige ouvertement, pointant un processus de recrutement « peu formalisé » et une dérive de la masse salariale qui a lourdement pesé sur les finances locales.


Mais le passage le plus cinglant du rapport concerne l'organisation interne du cabinet du maire. Les magistrats y dénoncent un dépassement flagrant des plafonds autorisés par la loi pour une ville de la strate de Dreux. Pour la CRC, le constat est sans appel : « la direction du cabinet s'est immiscée dans la gestion des services administratifs », plaçant indûment des services entiers sous sa coupe directe, tandis que la rémunération du directeur de cabinet « excédait le plafond légal ». Cette situation irrégulière n'a été corrigée qu'en fin de mandat.


À cela s'ajoute une gestion des ressources humaines qualifiée de particulièrement défaillante à l'époque : attribution gratuite de logements de fonction à des agents non éligibles, primes de fin d'année « dépourvues de base légale », et une absence totale de traçabilité. Le rapport révèle qu'avant la reprise en main de 2022, la direction des ressources humaines ne possédait tout simplement aucun dossier écrit (ni CV, ni grilles d'entretien) sur les embauches réalisées.


Commande publique : Opacité et surcoûts sur les grands projets

Le rapport pointe également de « graves failles » et des irrégularités majeures dans la gestion des deux projets immobiliers phares du mandat : la nouvelle patinoire et le pôle éducatif et culturel des Bâtes.


Pour la patinoire, la CRC fustige un marché de travaux initial mal défini. Après l’échec d’une première consultation, la commune a basculé dans une procédure négociée juridiquement fragile. Les modifications majeures apportées en cours de route ont fait dériver le projet initial, générant de lourds surcoûts par avenants. Plus grave encore, la Chambre estime que la ville a eu un recours « infondé » à la théorie de l'imprévision pour signer un protocole transactionnel financier avec le constructeur.


Concernant le pôle des Bâtes, les magistrats évoquent un accord-cadre restrictif ayant créé de fait « une situation de monopole » et des attributions de marchés de prestations intellectuelles jugées « contestables ».


Le sursaut de la fin de mandat : Une reprise en main tardive mais réelle

Face à ce constat alarmant, le rapport souligne toutefois l'important travail de nettoyage et de restructuration engagé à partir de la fin de l'année 2022 par Pierre-Frédéric Billet lui-même. Constatant les dérives de ses propres services, l'ancien maire avait procédé au limogeage de plusieurs cadres dirigeants et avait retiré ses délégations à son adjoint aux finances, aux RH et à la commande publique, avant d'effectuer un signalement auprès du procureur de la République.


Dès lors, la trajectoire a changé. La CRC note avec satisfaction que « les comptes ont été fiabilisés ». Fin 2022, la municipalité a notamment dû régulariser en urgence plus d'un million d'euros de factures impayées qui « traînaient dans les tiroirs ». Les dépenses de personnel ont enfin été contenues grâce à un plan d'économies rigoureux et au blocage des recrutements non essentiels. La gestion de la flotte de véhicules municipaux a également été encadrée pour stopper le gaspillage.


Quel avenir pour la nouvelle mandature ?

Si la situation financière s'est redressée en fin de mandat et que la capacité de désendettement a été ramenée à un niveau correct à l'aube de 2025, l'avenir reste sous haute surveillance pour la nouvelle équipe d'Abdel-Kader Guerza. Pour terminer le chantier titanesque des Bâtes, la commune s'apprête à porter un encours de dette historiquement élevé, qui devrait franchir la barre des 50 millions d'euros.


La Chambre régionale des comptes a ainsi formulé 6 recommandations fermes, insistant notamment sur « l'obligation de provisionner les risques financiers » et de « restructurer d'urgence le service de la commande publique ». Un héritage assaini mais exigeant, et des réformes structurelles indispensables que la nouvelle municipalité de Dreux devra désormais piloter d'une main de fer.


La réaction de la nouvelle municipalité : « Un document de vérité »

Dans un communiqué publié sur le site internet de la ville de Dreux, la nouvelle équipe municipale, installée après les élections de mars 2026, a immédiatement réagi à la suite de la présentation du rapport en Conseil municipal le 25 juin. Le nouveau maire, Abdel-Kader Guerza, et sa majorité affirment « prendre acte de ces recommandations avec sérieux et détermination », qualifiant le travail de la CRC de « document de vérité » qui vient faire la lumière sur « plusieurs années de mauvaise gestion, parfois même illégale ».


La nouvelle équipe indique que des mesures correctives fortes ont déjà été engagées, notamment l'émission d'un titre de recettes pour recouvrer le trop-perçu de l'ancien directeur de cabinet — estimé à 41 260 € —, ainsi que la révision du règlement des véhicules de service. Déclarant hériter d'une situation « fragilisée », l'exécutif actuel affirme que ce mandat sera placé sous le signe du redressement et de la transparence, précisant devoir mobiliser d'importants moyens pour « réparer ce qui a été abîmé ».

 

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