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Hôpital de Chartres : « On brasse de l’air à 35°C », le cri de détresse d'une soignante en pleine canicule

  • Photo du rédacteur: Emmanuel Senecharles
    Emmanuel Senecharles
  • 26 juin
  • 3 min de lecture

Alors que le syndicat Force Ouvrière (FO) vient de déclencher un droit d’alerte pour « danger grave et imminent » à l’hôpital Louis Pasteur de Chartres, les témoignages du personnel soignant décrivent une situation humanitaire et sanitaire alarmante. Entre bâtiments vitrés inadaptés, rationnement des climatiseurs portatifs et épuisement des équipes, une infirmière brise le silence sous le prénom d'emprunt d'Anna.


23h50 à l’hôpital Louis Pasteur de Chartres. Le thermomètre affiche encore 30°C dans cette chambre de l'établissement, témoignant de la chaleur étouffante subie de nuit par les patients et les équipes soignantes en pleine période de canicule.
23h50 à l’hôpital Louis Pasteur de Chartres. Le thermomètre affiche encore 30°C dans cette chambre de l'établissement, témoignant de la chaleur étouffante subie de nuit par les patients et les équipes soignantes en pleine période de canicule.


Hôpital de Chartres : « On brasse de l’air à 35°C », le cri de détresse d'une soignante en pleine canicule

 

« À 23 heures, il fait encore 35°C dans les services les plus chauds. Nos patients sont écrasés par la chaleur, et nous, on peine. On est ralentis, y compris sur le plan cognitif, surtout la nuit. » C’est par ces mots que commence le récit d’Anna ( nom d’emprunt) , infirmière de nuit au sein de l'établissement chartrain.


Face à la canicule qui s'éternise depuis une semaine, la direction a bien tenté de réagir, mais les mesures sont jugées dérisoires par les équipes de terrain. « On nous a déposé deux climatisations portatives. Il a fallu choisir de manière tout à fait arbitraire quel patient allait en bénéficier alors qu'ils en ont clairement tous besoin », déplore Anna. Le choix s’est finalement porté sur une dame en fin de vie et un homme souffrant de détresse respiratoire. « Choisir à qui on donne du frais… cela paraît complètement aberrant. »

Quant à la salle climatisée mise en avant par l’établissement, elle s’avère inaccessible en pratique : « Elle est complètement excentrée. Je suis la seule infirmière ici ce soir, je ne peux pas quitter mon service et abandonner mes patients à l'autre bout de l'établissement pour faire une pause d'un quart d'heure. »


L'enfer des bâtiments vitrés : « Conçus en dépit du bon sens »

Au cœur de la crise, deux structures architecturales de l’hôpital Louis Pasteur sont particulièrement pointées du doigt : l’aile Urgences-Oncologie et le pôle Femme-Enfant. Situées aux deux extrémités de l'établissement, ces ailes partagent le même défaut majeur : d'immenses façades recouvertes de baies vitrées.

« Ces services ont été conçus en dépit du bon sens », s'insurge Anna. Les filtres UV censés équiper les fenêtres n'ont « aucun effet ». Pour tenter de bloquer les puits de lumière, les équipes en sont réduites au système D : coller des couvertures de survie sur les vitres. Sans succès. « J'ai quatre ventilateurs autour de moi en ce moment. Ils ne font que brasser de l’air chaud à 35°C. »


Cette chaleur extrême pose également une question cruciale de sécurité sanitaire : dans les salles de soins, les thermomètres affichent aussi 35°C. « Des médicaments sont stockés ici. Dans quelle mesure sont-ils encore stables une fois reconstitués à cette température ? Je ne suis pas sûre que quiconque ait envie de le savoir », s’inquiète l’infirmière.


Le mirage du « Plan Orsan » et des renforts

Pour faire face, la direction évoque le redéploiement de personnel. Une formule magique qui fait grincer des dents sur le terrain. « Concrètement, il n'y a personne à redéployer. Ils n'arrivent déjà pas à pourvoir les vacations habituelles. La nuit, nous ne sommes toujours que deux dans le service, cela n'a pas bougé d'un iota malgré la canicule. »

Les collègues de l'après-midi quittent leur garde «au bout du rouleau », après avoir affronté les heures les plus étouffantes. À la question de savoir si la chaleur met la vie des patients en danger, la réponse d'Anna est terrible de lucidité : « Je pense que ça précipite certains départs, oui. »



Alors que la direction multiplie les opérations de communication, faisant venir les caméras de TF1 ou le maire de la ville, les soignants dénoncent un décalage flagrant avec la réalité. « C’est bien, ils viennent, on en a besoin , mais c'est beaucoup de blabla. Il serait temps de passer à l'action sérieusement. »


Ce que réclament aujourd'hui les agents et le syndicat FO à travers son droit d'alerte, ce ne sont plus des « bidouilles » ou des distributions de glaces à l'eau, mais un plan d’investissement massif et durable pour climatiser structurellement les bâtiments vitrés.


« On sait que dans une semaine ça recommence, et qu'en juillet on aura des vagues de chaleur de quinze jours. Si on ne prend pas de décisions tout de suite, dès que la canicule sera passée, la situation retournera aux oubliettes. Et l'année prochaine, avec le changement climatique, ce sera encore plus tôt, plus fort et plus long », conclut Anna.

 

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