Nogent-le-Rotrou : l'élection municipale contestée en justice par le Préfet et un habitant
- Emmanuel Senecharles

- il y a 6 jours
- 3 min de lecture
C’est un coup de tonnerre politique : le Préfet d'Eure-et-Loir a saisi la justice administrative pour contester la régularité du scrutin du 22 mars. Ce déféré préfectoral, doublé d'un autre recours d'un habitant, paralyse le calendrier électoral et pourrait repousser l'élection législative partielle attendue dans la circonscription.

Nogent-le-Rotrou : l'élection municipale contestée en justice par le Préfet et un habitant
C’est une information Le28.tv. L’élection municipale de Nogent-le-Rotrou n'est plus "acquise". Selon nos informations, le représentant de l’État a décidé d'engager un déféré préfectoral contre les opérations électorales.
L'État conteste le scrutin
Contrairement à une contestation classique portée par un opposant politique, c’est ici le Préfet qui saisit la justice administrative. Hervé Jonathan, préfet d’Eure-et-Loir, conteste la
Si les motifs précis restent à cette heure encore inconnue, cette procédure suggère que les services de l’État ont décelé une anomalie juridique ou technique lors du vote ou du dépouillement du 22 mars.
Parallèlement à cette action de la préfecture, un second recours a été déposé par un habitant de Nogent-le-Rotrou, un acte que tout électeur de la commune est en droit d'entreprendre s'il estime que la sincérité du scrutin a été altérée. La question à laquelle nous n’avons pas encore de réponse est : « Est-ce que ces deux recours sont liés ? »
Un "effet domino" sur les législatives
Cette situation juridique crée un "effet domino" au niveau national. Le maire élu étant également député, il devait théoriquement quitter son siège à l'Assemblée nationale pour respecter la loi sur le non-cumul des mandats.
Cependant, tant que les recours ne sont pas tranchés, l'élection municipale n'est pas définitive. En conséquence, la vacance du siège de député ne peut être officiellement constatée, ce qui suspend l'organisation d'une élection législative partielle.
Le délai de réponse du Tribunal Administratif dépendra de la strate démographique retenue pour Nogent-le-Rotrou :
Si la commune est officiellement comptabilisée à plus de 9 000 habitants : Le juge doit attendre l'examen des comptes de campagne (CNCCFP), rendant un jugement au bout de plusieurs mois (potentiellement en septembre).
Si elle reste sous ce seuil : Le verdict pourrait tomber plus rapidement, possiblement dès le mois de juin.
Selon l’INSEE, la commune comptabilisait 9 305 habitants en 2022. Ce dépassement du seuil des 9 000 habitants confirme que le Tribunal Administratif devrait attendre l'examen des comptes de campagne avant de rendre son verdict, rendant un jugement probable à l'automne.
Contactés, l'avocat du requérant citoyen, la préfecture d’Eure-et-Loir, ainsi qu'Harold Huwart, maire de Nogent-le-Rotrou, n'ont pas encore répondu à notre invitation à s’exprimer sur ce dossier.
MISE À JOUR :
Une erreur de procédure aux conséquences politiques
Sollicitée, la préfecture d’Eure-et-Loir a apporté des précisions sur l'origine de ce déféré. Selon les services de l’État, le recours vise une « erreur matérielle » dans le procès-verbal de proclamation : le nombre de conseillers communautaires désignés serait supérieur à ce que prévoit l’arrêté de composition.
La préfecture tempère la portée de cette procédure dans un message transmis à Le28.tv :
« La préfecture a déposé un recours contre le PV de proclamation des résultats de l'élection municipale de Nogent-le-Rotrou. Il y avait plus de conseillers communautaires que ne le prévoit l'arrêté de composition. C'est une procédure administrative, qui ne remet pas en cause les résultats. 33 communes du département sont dans ce cas. »
Pourquoi le cas de Nogent-le-Rotrou est-il plus sensible qu'ailleurs ?
Si pour la majorité des 32 autres communes impactées, cette rectification est présentée comme une simple formalité administrative, elle prend une dimension politique majeure à Nogent-le-Rotrou.
Contrairement aux autres localités concernées, le maire élu ici est également Député. Or, pour que sa démission de l'Assemblée nationale soit effective, son élection à la mairie doit être juridiquement « acquise », c'est-à-dire purgée de tout recours.
Tant que le Tribunal Administratif n'aura pas statué sur ce PV de proclamation — même pour une simple correction technique de chiffres — l'élection n'est pas considérée comme définitive.
Ce "vice de forme" administratif devient donc le grain de sable qui gèle mécaniquement le calendrier de l'élection législative partielle attendue dans la circonscription.



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