La mairie de Digny rachète sa boulangerie pour sauver sa commune
- Emmanuel Senecharles

- 18 nov. 2025
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 19 nov. 2025
Face à la menace de fermeture de son unique boulangerie-épicerie, la maire de Digny a pris la décision de racheter la boulangerie pour empêcher l'extinction de sa commune.

La mairie de Digny rachète sa boulangerie pour sauver sa commune :
Digny (Eure-et-Loir). Face à la désertification commerciale, la commune de Digny vient de prendre une mesure radicale, actant l'acquisition des murs de l'unique boulangerie-épicerie restante « Au pain gourmand de Digny ». La municipalité, dirigée par la Maire Christelle Lorin, a officialisé l'investissement de 180 000 € pour l'immobilier du commerce, afin d'empêcher une nouvelle fermeture qui aurait définitivement fragilisé le tissu social local mettant également en danger le bar-tabac.
Cette intervention de la collectivité territoriale est justifiée par un impératif de service public : « C’est une question de survie pour notre commune », affirme Christelle Lorin. L'urgence s'est manifestée lorsque le propriétaire actuel a cherché à vendre, avec la menace de voir s'installer un commerce non-essentiel.
L'objectif de la mairie n'est pas d'opérer la boulangerie, mais d'alléger le fardeau financier du futur acquéreur. En dissociant la vente des murs de la cession du fonds de commerce, la commune rend l'établissement viable. Elle prévoit en outre un dispositif d'accompagnement attractif : la mise en place d’un loyer progressif sur quatre ans pour garantir la stabilité financière du repreneur.
L'alerte rouge du burn-out
Derrière cette action politique se trouve le drame humain de Nizar Bokri. À 41 ans, ce Franco-Tunisien, installé à Digny depuis 2008 pour réaliser son « rêve d’avoir ma propre boulangerie en France », est contraint de céder.
Son départ n'est pas lié à un manque de qualité des produits , le boulanger a même été honoré du titre de Meilleure Baguette Tradition du département d'Eure-et-Loir en 2024, mais à une pression fiscale et sociale insoutenable. Malgré un chiffre d'affaires annuel autour de 250 000 €, il ne parvient plus à couvrir ses emprunts et ses 150 000 € de charges sociales pour ses trois employés.
« Je trouve ça non équitable quand je paie la même chose qu'un boulanger à Paris », déplore M. Bokri, soulignant l'injustice d'un système qui ne tient pas compte de la réalité économique des zones rurales.
Les conséquences de cette pression ont été dramatiques : le surmenage lui a provoqué un AVC à 34 ans. « J’étais en train de faire une fournée quand les pompiers sont venus. J’étais en mode automatique », se souvient-il. Le dévouement total à son commerce lui a également coûté sa vie personnelle : « On se donne à fond... mais en fait on se rend pas compte qu'on est en train de tout gâcher », confie-t-il, évoquant sa séparation.
Aujourd'hui, il liquide le fonds de commerce à un prix fortement décoté, 60 000 € au lieu des 140 000 € estimés, pour faciliter la transition.
Un projet clé en main pour le futur acquéreur
La municipalité et Nizar Bokri travaillent désormais ensemble pour trouver le successeur idéal. Le profil privilégié est celui d'un couple, idéalement avec des enfants, car l'établissement est livré avec une grande maison attenante et l'école communale est toute proche.
M. Bokri restera en poste le temps de la passation, désireux de s'assurer que son « bébé » reste une boulangerie. Il remercie d'ailleurs la municipalité pour son engagement sans faille : « Je vais remercier la mairie, car franchement, ils étaient là et ils veulent tout faire pour garder le commerce. Ils ont joué le jeu ».
La commune de Digny espère que l'allègement de l'investissement immobilier permettra d'attirer une nouvelle génération de commerçants, prêts à relancer le cœur de village.






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