« Ce n’est pas possible, c’est mon fils » : une tentative d’empoisonnement présumée à l’hôpital du Coudray jugée en correctionnel
- Emmanuel Senecharles

- il y a 14 heures
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Dernière mise à jour : il y a 5 heures
Ce vendredi 24 avril, le tribunal correctionnel de Chartres se penche sur une affaire singulière, qualifiée de « tentative d’administration de substances nuisibles » — assimilée par l'accusation à une tentative d'empoisonnement. La victime présumée elle-même, le père du prévenu, a formellement réfuté toute intention malveillante de la part de son fils, qui souffre de bipolarité.

« Ce n’est pas possible, c’est mon fils » : une tentative d’empoisonnement présumée à l’hôpital du Coudray jugée en correctionnel
Tout a commencé le soir du 23 janvier, où M. X a eu une altercation avec une infirmière de l’hôpital du Coudray (Eure-et-Loir). Elle aurait surpris M. X en train de tenter, selon elle, d’empoisonner son patient, qui n'est autre que le père du prévenu.
Le prévenu, qui accompagne quotidiennement son père atteint de la maladie de Parkinson, était présent dans la chambre ce soir-là. Convaincu que son père était en danger en raison de ses conditions d'immobilisation, il a pris l'initiative de le détacher pour tenter de le faire marcher un peu. Une intervention jugée non autorisée qui a mené à une altercation avec le personnel infirmier. Alertées, les forces de l'ordre se sont rendues sur place vers 20h00, ce qui a entraîné l'interpellation du prévenu et, in fine, son placement en détention provisoire au centre pénitentiaire d’Orléans-Saran
Un démenti catégorique de la « victime »
L’accusation se heurte à un obstacle majeur : le témoignage du père. Dans un procès-verbal d'audition daté du 26 janvier :
- « Pensez-vous que votre fils a tenté de vous empoisonner ? » interrogent les enquêteurs.
- « Pour moi, ce n’est pas possible, c’est mon fils », répond sans hésitation le patient.
Les enquêteurs interrogent alors le vieil homme sur ses propres intentions :
« Avez-vous des idées suicidaires ? » La réponse du père est un démenti formel et poétique. Invoquant André Malraux, il martèle sa volonté de vivre : « La vie ne vaut rien, et rien ne vaut la vie. » Il refuse catégoriquement de déposer plainte.
Une détention incompatible ?
Le profil du prévenu, suivi pour bipolarité depuis ses 20 ans, est au cœur des débats. Pour son avocat, Maître Jean-Christophe Basson-Larbi, il n'existe dans ce dossier aucun élément matériel ni intentionnel permettant de caractériser une infraction.
De plus, la défense dénonce des conditions d'incarcération jugées incompatibles avec l'état de santé mentale de son client. Le prévenu aurait subi des agressions par des codétenus et une prise en charge médicale initiale qualifiée d'inexistante au centre pénitentiaire d’Orléans-Saran. Il aura fallu une dégradation critique de son état pour obtenir une hospitalisation sous contrainte, avant un retour récent en milieu carcéral.

Fort de 93 pages de dossiers médicaux versées au débat, accompagnées de plusieurs témoignages — dont celui de l'oncle du prévenu indiquant que M. X a toujours bien pris soin de leur père — et du témoignage crucial du père lui-même, Maître Basson-Larbi plaidera ce vendredi 24 avril la remise en liberté immédiate.
Mais au-delà du fond, la défense abat une « cartouche absolue » sur le terrain de la procédure. L'avocat soulève un obstacle juridique de taille : l’infraction de « tentative » pour laquelle son client est poursuivi ne serait, selon lui, pas punissable par la loi, celle-ci n'étant prévue par le Code pénal que pour des cas très limités et expressément définis.
Plus encore, Maître Basson-Larbi dénonce une « procédure scélérate » et entend soulever plusieurs vices de forme majeurs pour obtenir la nullité pure et simple de l’enquête. Le tribunal de Chartres devra donc trancher : peut-on maintenir en détention un homme pour une infraction dont la punissabilité est contestée, et sur la base d'une procédure dont la validité est désormais frontalement attaquée ? Une audience sous haute tension s'ouvre, où le combat sera tout autant procédural que profondément humain. »



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