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À Dreux, Brenda Louis Jeune trace sa route dans le mannequinat malgré le handicap

  • Photo du rédacteur: Emmanuel Senecharles
    Emmanuel Senecharles
  • il y a 16 minutes
  • 3 min de lecture

Elle sourit face à l’objectif. Assise dans son fauteuil roulant, le regard assuré, Brenda Louis Jeune impose une présence qui dépasse la maladie. À 23 ans, installée à Dreux (Eure-et-Loir), la jeune femme d’origine haïtienne trace son chemin dans le mannequinat, malgré un quotidien marqué par le syndrome de Guillain-Barré. Son histoire commence loin des studios photo.


À Dreux, Brenda Louis Jeune, 23 ans, poursuit sa carrière de mannequin malgré le syndrome de Guillain-Barré
À Dreux, Brenda Louis Jeune, 23 ans, poursuit sa carrière de mannequin malgré le syndrome de Guillain-Barré - Photo Thomas Graindorge

À Dreux, Brenda Louis Jeune trace sa route dans le mannequinat malgré le handicap


Brenda quitte Haïti après le séisme de 2010. Elle rejoint la France en 2013 avec sa belle-mère, dans l’espoir de retrouver celui qu’elle désigne comme son géniteur, installé en Guadeloupe. L’arrivée ne ressemble pas à un nouveau départ rêvé.

Placée sous la protection de l’enfance en 2016, elle grandit entre familles d’accueil et foyers. Très vite, elle comprend qu’il faudra se débrouiller seule.

« Quand on vient de la protection de l’enfance, on choisit un métier qui assure l’avenir », explique-t-elle.

Elle se forme à l’esthétique et commence à travailler à 15 ans. Le mannequinat l’attire déjà, mais il reste un rêve lointain.


À 19 ans, la vie bascule

Le 9 janvier 2021, deux heures après une troisième injection du vaccin contre le Covid-19 réalisée pour pouvoir continuer à travailler, Brenda perd l’usage de ses jambes. La paralysie est brutale, les douleurs généralisées.

Commence alors un long parcours médical. Pendant plus d’un an, aucun diagnostic officiel n’est posé. Plusieurs médecins évoquent le syndrome de Guillain-Barré, une maladie neurologique rare, mais refusent de l’inscrire noir sur blanc.


Il faudra son installation à Dreux et la rencontre avec un médecin qui accepte d’écrire le diagnostic pour que son handicap soit reconnu.

Aujourd’hui, la maladie reste présente : douleurs, fatigue, nuits sans sommeil. Brenda perçoit l’Allocation aux adultes handicapés. Elle vit seule, dans un logement qu’elle juge inadapté à sa situation.

Mais elle refuse de se résumer à son fauteuil.


Le mannequinat comme échappatoire

C’est paradoxalement après être devenue handicapée qu’elle se rapproche de son rêve.

Un concours, une rencontre dans une école de maquillage, puis des collaborations. Peu à peu, son profil attire l’attention. Elle signe avec Zbidi Talent, une agence basée à Londres spécialisée dans les mannequins en situation de handicap. En 2023, elle décroche un contrat pour Zalando à Berlin.

« C’est le seul moment où je m’évade vraiment de mon quotidien », confie-t-elle.

Le mannequinat ne lui permet pas encore d’en vivre, mais il représente bien plus qu’un revenu : une revanche intime, une preuve qu’elle peut encore avancer.


Son quotidien est rythmé par la rééducation. Cinq à six fois par semaine, elle se rend à la piscine de Vernouillet pour effectuer ses exercices.

« La maladie n’est pas incurable. On peut récupérer. Alors je travaille. »

Sans famille proche en France, elle peut compter sur quelques amis et voisins. Et surtout, elle garde un objectif : faire venir sa mère, son frère et ses sœurs, restés en Haïti.

« C’est mon plus grand rêve. »


« On peut accomplir de grandes choses »

À celles et ceux qui traversent une épreuve similaire, Brenda adresse un message clair :

« On n’est pas résumé à un handicap. On peut accomplir de grandes choses, même si le chemin est plus dur. »

Son parcours ne se raconte pas comme une success story lisse. Il est fait d’obstacles administratifs, de douleurs physiques, de solitude. Mais aussi de détermination.

Et d’une conviction : la lumière existe, même quand tout s’assombrit.


 

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