« Tournez-vous vers vos députés » : quand l'état-major du tribunal de Chartres avoue ses limites face aux citoyens
- Emmanuel Senecharles

- il y a 7 heures
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Mardi 16 juin, le tribunal judiciaire de Chartres a ouvert ses portes pour une réunion citoyenne inédite. Un exercice de transparence qui a rapidement révélé l'abîme qui sépare les magistrats des réalités du terrain. Récit d'un face-à-face électrique où la détresse humaine s'est heurtée aux limites d'un système à bout de souffle.

« Tournez-vous vers vos députés » : quand l'état-major du tribunal de Chartres avoue ses limites face aux citoyens
Entrer dans une salle d’audience n’est jamais un acte anodin. Ce mardi, ils étaient près de 70 à s'y presser. Certains étaient venus comprendre, d’autres demander des comptes, tous marqués par l’onde de choc nationale de l’affaire Lyhanna.
À la tribune, l’état-major du tribunal au grand complet : le procureur Frédéric Chevallier, la présidente du trubunal Estelle Jond-Nécand, le directeur de greffe Michel Besso, et le bâtonnier Me Bruno Galy.
L'ambiance est lourde, scindée. D'un côté, une volonté d'échange constructif ; de l'autre, une colère noire, prête à éclater.
D’emblée, la justice pose ses règles : on ne parlera pas des dossiers en cours. Frédéric Chevallier, également président de la Conférence nationale des procureurs de France, déploie une pédagogie budgétaire froide et implacable. Les chiffres tombent comme des sentences : « En Allemagne, ils consacrent en moyenne 140 euros par habitant pour leur justice. En France, c'est 70 euros. » À Chartres, la réalité du terrain est encore plus brute : « On nous a annoncé des créations nettes... pour l'instant, c'est zéro au parquet, et moins trois sièges. »
Un système à bout de souffle qui renvoie la balle
Tout au long de la soirée, les magistrats n'ont cessé de pointer du doigt les angles morts de notre société. Une justice chronophage, où les audiences s'étirent parfois jusqu'à 4 heures du matin, et une loi « très en retard sur les mœurs », selon les mots de la présidente Estelle Jond-Nécand, qui déplore voir défiler à la barre des prévenus qui relèvent de la psychiatrie plutôt que de la prison.
Face au sentiment d'impuissance de la salle, le procureur tranche et renvoie chacun à ses responsabilités citoyennes : « Tournez-vous vers vos députés ! » Une manière de rappeler que la justice n'applique que les moyens qu'on lui donne.
Après seulement 1h30 d'un face-à-face de plus en plus tendu, le couperet tombe. Refusant de laisser l’audience se transformer en « tribunal populaire » sous la pression de militantes dénonçant une « mascarade », le procureur met brutalement fin aux débats.
Dans les couloirs, le public évacué balance entre deux sentiments. Pour les magistrats, l'exercice reste essentiel : « C'était animé, c'était débattu, c'était intéressant (...) de la discussion que jaillit la lumière », temporise Frédéric Chevallier. La présidente, elle, rappelle l'existence du double degré de juridiction pour rassurer.



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