Châteaudun : un cabinet vétérinaire transformé en piège pour 35 chats abandonnés
- Emmanuel Senecharles

- il y a 3 heures
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Derrière la porte close de la clinique de la Croix-Rousseau à Châteaudun, ce qui
devait être un refuge de guérison s'est mué en un théâtre d'abandon. Trente-cinq
félins y ont été découverts livrés à eux-mêmes.

Châteaudun : un cabinet vétérinaire transformé en piège pour 35 chats abandonnés
Tout bascule à la fin du mois de juin, lorsqu'un appel de détresse d'une association locale alerte Nicolas Belhomme, conseiller municipal délégué à la condition animale. Accompagné des forces de la police municipale, l'élu pénètre dans les locaux grâce à un trousseau de clés opportunément laissé sur place par la praticienne. Ce qui l'attend à l'intérieur dépasse l'entendement.
« Dès l'ouverture de la porte j'ai été littéralement écœuré par l'odeur qui m'a assailli. Avec les autres personnes présentes nous avons utilisé une pommade pour supporter les effluves de déjections et en sortant nous nous sommes désinfectés minutieusement. À l'intérieur toutétait sens dessus dessous... » à déclaré Nicolas Belhomme, adjoint au maire à nos confrere de France 3 Centre-Val de Loire
Au milieu du chaos et du désordre le plus total, trente-cinq chats errent parmi les détritus. Face à l'immédiateté de la crise, la municipalité confie temporairement les clés à la structure locale "Les chats mail" pour organiser une chaîne de solidarité et de nourrissage d'urgence.
Le syndrome du sauveur
Pour comprendre comment le cabinet de la Dre Marta Magraner — ouvert en 2024 après une installation sans histoire dans la région a pu sombrer, il faut interroger le passé récent de la structure. Adeline Iraéguy, ancienne salariée de l'établissement et aujourd'hui trésorière de l'association "Les chats mail", décrit un engrenage infernal s'apparentant à une forme d'accumulation compulsive, souvent qualifiée de syndrome de Noé.
« Il y avait de plus en plus de chats car Mme Magraner avait décidé d'accueillir tous les chats en détresse. Elle acceptait ceux que la police municipale trouvait dans la rue, ceux que des particuliers ramassaient ici ou là et elle allait même en capturer parfois [...] Quand j'ai quitté mon poste il devait y avoir une soixantaine de chats dans le cabinet et les conditions d'hygiène devenaient déplorables. »
Cette fuite en avant a rapidement asphyxié le cabinet. Repoussée par les odeurs nauséabondes et la dégradation de l'accueil, la clientèle traditionnelle s'est raréfiée, précipitant la chute
économique et sanitaire de la structure. En novembre 2025, à bout de force, la salariée
démissionne.
L'un des points les plus troublants de cette affaire réside dans le délai de réaction des autorités publiques. Dès son départ fin 2025, Adeline Iraéguy donne l'alerte auprès des services de l'État.
En janvier 2026, la Direction départementale de la protection des populations (DDPP) diligente bien une inspection officielle. Pourtant, aucune mesure conservatoire d'envergure ne semble avoir découlé de cette visite, laissant la situation s'envenimer pendant encore six mois.
Le point de rupture survient le 20 juin 2026. Affichant un laconique écriteau invoquant une «urgence familiale », la vétérinaire quitte définitivement la ville, abandonnant derrière elle ses pensionnaires à quatre pattes. Elle n'a plus donné de nouvelles depuis.
Une plainte déposée
L'impunité apparente ne sera pas de mise. Une riposte juridique conjointe est en cours de finalisation. La mairie de Châteaudun et l'association "Les chats mail" ont annoncé le dépôt imminent d'une plainte pénale pour maltraitance animale visant directement la vétérinaire Marta Magraner. Au-delà du fait divers, ce dossier remet en lumière le besoin crucial de suivi psychologique pour les professionnels du secteur animalier, parfois victimes des pathologies qu'ils tentent de soigner.



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