Affaire Lyhanna : les procureurs montent au créneau face aux risques de « sanctions » hâtives
- Emmanuel Senecharles

- 6 juin
- 3 min de lecture
Au lendemain de la découverte du corps sans vie de la jeune Lyhanna, la Conférence des procureurs généraux (CNPG) et celle des procureurs de la République (CNPR) ont réagi conjointement ce vendredi 5 juin 2026. Tout en soutenant l'enquête administrative en cours, elles mettent en garde contre tout procès d'intention et rappellent la crise systémique des services d'enquête.

Affaire Lyhanna : les procureurs montent au créneau face aux risques de « sanctions » hâtives
L’émotion est immense, mais le monde judiciaire appelle à la retenue administrative. Après la disparition et la découverte du corps de la jeune Lyhanna, un drame à l’origine « très certainement criminelle », la réponse de l'exécutif ne s'est pas fait attendre. Les ministères de la Justice et de l'Intérieur ont immédiatement saisi l’Inspection générale de la justice (IGJ) et l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) pour traquer d’éventuels « retards ou dysfonctionnements » dans le traitement des procédures liées à cette affaire.
Une démarche légitime, estiment les représentants des magistrats du parquet, mais qui ne doit pas se transformer en chasse aux sorcières prématurée.
Pas de sanctions sans conclusions
Dans un communiqué commun d'une rare fermeté publié ce vendredi, Frédéric Chevallier (président de la CNPR) et Christophe Barret (président de la CNPG) ont tenu à fixer les lignes rouges :
« À ce stade, dans l’attente des conclusions des Inspections, d’éventuelles responsabilités ne peuvent être mentionnées et encore moins de prochaines sanctions. »
Pour les deux conférences, il s'agit d'éviter que des lampistes soient désignés à la vindicte publique avant même que la lumière soit faite sur les contours exacts du traitement judiciaire du dossier.
Des « délais de traitement alarmants » dénoncés depuis des années
Au-delà de ce cas tragique, les chefs des parquets et des parquets généraux rappellent que la situation de saturation actuelle n'a rien d'une surprise. Ils soulignent avoir « appelé sans relâche l’attention des ministres de la justice, depuis plusieurs années, sur les difficultés de traitement des enquêtes préliminaires ».
Le problème, selon eux, se situe principalement en amont, au niveau des services de police et de gendarmerie :
Des stocks de dossiers étouffants : Les enquêteurs font face à une surcharge de travail critique.
Des parquets tributaires : Les procureurs rappellent qu'ils dépendent entièrement de la capacité des forces de l'ordre à investiguer et à leur rendre compte en temps utile.
Un engagement omniprésent mais insuffisant face aux moyens : Le communiqué salue l'implication quotidienne des magistrats et des enquêteurs qui composent constamment avec les moyens du bord.
Le piège de la priorisation politique
Les magistrats pointent également du doigt un effet pervers des politiques pénales successives. À force de focaliser, à moyens constants, l'essentiel de l'activité sur certaines priorités gouvernementales majeures comme la lutte contre les violences intrafamiliales et le narcotrafic , d'autres pans de la justice se retrouvent mécaniquement délaissés.
Les deux conférences martèlent ainsi que ces priorités légitimes « ne peuvent avoir pour conséquence de délaisser ou de retarder le traitement d’autres catégories d’affaires, comme celles dans lesquelles des mineurs sont victimes ou les infractions sexuelles ». Un avertissement qui résonne lourdement alors que l'enquête sur le meurtre de la jeune fille ne fait que commencer.




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